samedi 16 juin 2018

Heureux !


N'est-elle pas belle la vie? 




Cher petit oreiller



Des histoires pour faire rêver, sortir de la réalité, s’évader quelque peu, alors sortons déjà la tête de notre doux oreiller par ce joli poème des années 1830.






Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc ! et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d'enfants pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil. Ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir.

Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges
Qui n'ont pas d'oreiller, moi j'embrasse le mien.
Seule, dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges,
Je te bénis, ma mère, et je touche le tien !

Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première
De l'aube ; au rideau bleu c'est si gai de la voir !
Je vais dire tout bas ma plus tendre prière :
Donne encore un baiser, douce maman !
Bonsoir 






Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc ! et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d'enfants pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil. Ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir.

Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges
Qui n'ont pas d'oreiller, moi j'embrasse le mien.
Seule, dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges,
Je te bénis, ma mère, et je touche le tien !

Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première
De l'aube ; au rideau bleu c'est si gai de la voir !
Je vais dire tout bas ma plus tendre prière :
Donne encore un baiser, douce maman ! Bonsoir
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Snegourotchka, la jeune fille des neiges





Il était une fois une jeune fille nommée Snegourotchka. Jolie, blonde comme les blés, douée de mille qualités, elle avait éternellement 15 ans. Elle habitait avec son père près d'une ville du nord de la Russie qui s'appelle Veliki Oustioug. Elle devait constamment se protéger du regard Yarilo, le dieu-soleil, qui risquait de la faire fondre.

Son père Ded Moroz, dieu du gel et de la neige s'appuie sur un long bâton avec lequel il lance le vent glacial, les tempêtes de neige et le froid polaire. Il vit au plus profond de la forêt dans une isba de glace. Son allure est sévère, leport altier et une longue pelisse bleue pour se protéger du froid. Sa longue barbe blanche indique qu’il a un certain âge que l'on ne peut définir avec précision.
La mère de Snegourotchka est Vesna, la Déesse du Printemps. Discrète elle n'apparaît jamais en hiver et ne vit pas avec Ded Moroz et Snegourotchka ne voit sa mère qu'au passage de l'hiver au printemps.

Un jour, Vésna explique au père de Snegourotchka que sa fille a besoin de vivre dans le monde réel, de rencontrer d'autres adolescentes et éventuellement tomber amoureuse.

Après bien des hésitations, Ded Moroz décide de confier sa jeune fille à un vieux couple sans enfant qui habite près de Tobolsk, capitale historique de la Sibérie. Il recommande à sa fille de toujours bien se protéger du soleil.


Snegourotchka vécu alors heureuse avec ses parents adoptifs pendant tout l’hiver. Elle gardait toujours son teint pâle et ne s'approchait jamais du feu. Mais arriva le printemps et les rayons du soleil réchauffaient la terre. La neige se mit à fondre et apparurent les premières fleurs.

Un jour, les jeunes filles du village l’invitèrent à venir jouer avec elles, cueillir des fleurs, chanter et danser avec les garçons du village.

Comme son père le lui avait recommandé, Snegourotchka se tint toujours à l’écart, bien à l'ombre jusqu'à ce que Lel, un berger du village, lui joue un air de flûte et l'entraîne dans la danse.

Jour après jour, il vint régulièrement voir Snegourotchka chez ses parents. Il l'aimait tendrement mais ne sentait pas le même sentiment en retour. Il ne pouvait savoir qu’elle avait un cœur froid et par désespoir, il se lia à une autre fille du village.

De chagrin, Snegourotchka courut vers un lac au milieu de la forêt et supplia sa mère de lui donner un cœur. Elle lui dit qu’aimer, même l'espace d'un instant, serait plus précieux que de vivre éternellement avec un cœur de glace.

Prise de pitié devant le désarroi de la jeune fille, Vésna exhaussa son vœu et lui placa une couronne de lys sur la tête. Elle lui recommanda vivement de protéger son amour du regard ardent de Yarilo, le dieu soleil.

Snegourotchka courut alors à travers la forêt pour retrouver Lel car elle pouvait désormais lui déclarer sa flamme.

Alors qu'elle parlait, elle ne s'aperçut pas que la brume se levait et que le soleil apparaissait dans un ciel sans nuage. Un rayon de soleil tomba sur elle et dans un cri de douleur, elle pria Lel de jouer un dernier air de flûte pour elle.

Pendant que Lel jouait, Snegourotchka, le corps fondant, disparaissait dans le sol. Il ne resta bientôt plus qu'une couronne de lys à sa place. Et chaque année, Lel attend les neiges de l'hiver et avec elles, le retour de sa bien-aimée.
 


Ah ! l'amour


Jeune, d’une beauté exceptionnelle, excellente musicienne, la princesse Anne Amélie d’Autriche était destinée au plus brillant des avenirs. Son frère ainé, le tout puissant roi Frédéric II de Prusse, lui arrangea donc un mariage avec le roi Adolphe Frédéric de Suède.
Estimant que ce mariage lui revenait de droit, Louise Ulrique, sœur aînée d’Anne Amélie, convainquit cette dernière qu’elle devrait renoncer à sa religion en épousant le roi suédois. Car à l’époque qui prenait mari prenait pays et religion…
Très dévote, la jeune princesse se montra dès lors distante et peu empressée envers les délégués suédois chargés de négocier le mariage. Profitant des hésitations de sa sœur, Louise Ulrique convainquit rapidement son royal frère ainsi que la délégation suédoise qu’elle ferait une bien meilleure reine de Suède que sa soeur.
Bien que se sentant trahie par l’attitude égoïste de son ainée, Anne Amélie assista à la cérémonie du mariage, s’efforçant de respecter le lourd protocole incombant alors aux princesses de son rang. Elle saluait donc majestueusement les nombreux invités lorsque, soudainement, à la vue d’un jeune officier, elle fût prise de violents battements de cœur et de rougissements intempestifs du visage. Symptômes que connaît bien toute personne qui a vraiment aimé…
Eh oui, la jeune, belle et talentueuse Anne Amélie venait de rencontrer l’amour ! Et quel amour ! Un grand amour unique mais impossible qui allait durer près de cinquante ans et survivre à de multiples rebondissements tout simplement incroyables.

L’heureux élu du cœur de la jeune princesse était un petit baron du nom de Frédéric de Trenck. Bien que de petite noblesse, il avait eu le privilège d’être recruté comme un des gardes de Frédéric II qui se rendit rapidement compte que le jeune baron semblait plus intéressé par sa ravissante sœur que par la garde de sa royale personne.
Il est vrai que les jeunes amoureux ne manquaient pas d’audace, n’hésitant pas à s’embrasser passionnément même devant d’influents membres de la cour. Un soir, l’audacieux baron s’autorisa même flâner près de la chambre de sa belle princesse!
Sans doute jaloux des succès amoureux de leur jeune confrère, plusieurs gardes royaux le trainèrent sans ménagement devant un Frédéric II furieux qui  tança vertement l’amoureux impudent, lui expliquant clairement qu’un petit baron de son genre ne pouvait prétendre au cœur d’une princesse du rang d’Anne Amélie.
Le puissant monarque termina son harangue, menaçant le jeune homme des pires châtiments s’il continuait son manège. Le jeune baron était cependant, tout comme le roi, fortement entêté, aussi continua t-donc à user de ses charmes auprès de sa belle, sous les regards de plus en plus envieux de ses confrères.
Un jour où il avait semble t-il largement dépassé les limites, il fut de nouveau amené de force par les autres gardes. Mais cette fois pas question de lui faire l’honneur d’une audience royale ! Le jeune baron fut enfermé dans une salle obscure du palais et sévèrement battu à grands coups de fouet.
Anne Amélie eut beau supplier à genoux, littéralement, son grand frère de les laisser vivre leur amour, Frédéric II menaça le jeune baron de prison à vie et même de mort s’il s’aventurait encore à poser ne serait-ce qu’un regard sur elle.
Connaissant l’intransigeance royale, tous les membres de la Cour furent alors convaincus que ces amours illicites venaient de  prendre fin à jamais. Mais ces courtisans, empêtrés dans leur fatuité, ne connaissaient rien au véritable amour…et encore moins au caractère frondeur du baron de Trenck !
Avant même d’être entièrement guéri des stigmates laissés par le fouet,  il fut encore aperçu près des appartements de la princesse !
Cette fois, Frédéric II ne pouvait tolérer cet autre défi à son autorité. Le baron de Trenck, faussement accusé de complot politique, fut arrêté, condamné et jeté pour la vie dans une lugubre prison comme le lui avait «promis » le roi.
Le pauvre amoureux ne s’en fit pas trop au cours des premiers mois de sa captivité. Il était innocent après tout…Sa bien-aimée allait sûrement convaincre son frère d’abandonner son courroux. Mais les semaines puis les mois passèrent sans aucune nouvelle de la belle et de son vindicatif frère.
«Si elle ne vient pas à moi », j’irai à elle, se dit alors l’indomptable amoureux. On ne sait comment mais il réussit à mettre la main sur un petit canif qu’il entreprit de transformer en une scie rudimentaire en y faisant de légères entailles.
Armé de ce minuscule outil mais d’une patience et d’un amour titanesques, il commença à scier les barreaux de sa cellule et après des mois d’un dur labeur, il pût enfin s’enfuir. Enfin presque !
Car après avoir confectionné un câble avec le cuir de son porte-manteau, il réussit à se faire glisser le long de la paroi de la prison et remettre le pied sur le sol…pour aussitôt commencer à s’enfoncer dans un égout à ciel ouvert où s’accumulaient toutes les immondices de la forteresse !
Incapable de se dégager de ce cloaque puant, il n’eut bientôt d’autres choix que d’appeler les gardiens à son secours…Mauvais joueur, le directeur de la prison ordonna de le laisser dans cette mauvaise posture pendant plus de 24 heures.
Bien qu’ignorant tout de la malheureuse escapade de son beau baron, Anne Amélie se doutait bien qu’il ne filait pas le parfait bonheur. Aussi multipliait-elle les supplications afin que son frère permette le retour de son bien aimé en Prusse. « Tant que je vivrai, Trenck ne verra pas le jour », répondait immanquablement Frédéric II. Mais le Trenck en question, lui, avait bien l’intention de revoir le jour et surtout sa ravissante princesse.
Aussi, un jour qu’un illustre visiteur manifestait le désir de voir le célèbre prisonnier de Frédéric II, Trenck ne fit ni un ni deux et se précipita sur le visiteur dès son entrée dans la cellule. Il lui soutira son épée, bouscula les gardes et s’élança vers la sortie.
Excellent ferrailleur – au tendre âge de 16 ans il avait déjà remporté deux duels à l’épée -, il blessa quatre gardiens dans sa route vers la liberté. Plus que quelques mètres à franchir et il reverrait enfin la fameuse lumière du jour.
Hélas, son pied se coinça  dans un interstice du plancher et il s’affala de tout son long aux pieds de ses poursuivants. Ces derniers, ne se privant surtout pas de leur vengeance, le battirent violemment à grands coups de crosses de fusils. Le pauvre prisonnier eut besoin d’un mois complet pour se remettre de ce très mauvais traitement.
De son lointain château, Anne Amélie entendit parler des récents exploits de son amoureux. Elle réussit enfin à convaincre son frère, non pas de libérer Trenck, mais de lui faire parvenir une importante somme d’argent afin qu’il puisse se payer de meilleures conditions carcérales, comme cela était autorisé pour les nobles à l’époque.
Mais Trenck se moquait bien de ses conditions de vie, il voulait juste revoir sa princesse. Il se servit donc de l’argent pour soudoyer un de ses gardiens, le lieutenant Schell qui lui fournit un costume de gardien. Ainsi affublé, Trenck, accompagné de son nouvel ami, se dirigea sans embûches vers la sortie de la forteresse.
Mais, une fois à l’extérieur, Schell se retourna un pied en sautant par dessus un rempart. Refusant de l’abandonner, Trenck l’entraina en le supportant jusqu’à une étable où ils trouvèrent providentiellement deux chevaux.
Sans selles et sans brides, ils entreprirent une longue et spectaculaire chevauchée jusqu’en Bohème, alors territoire de l’empire de Marie-Thérèse d’Autriche. Enfin la liberté ! Grâce à la recommandation d’un cousin, il fut engagé comme garde dans l’armée de l’impératrice. Cette fois, l’indomptable amoureux semblait avoir compris et passa sept années relativement tranquilles au service de l’Autriche.
Au printemps 1753, ayant appris le décès de sa mère, Trenck décida de se rendre en territoire prussien afin d’y régler des questions familiales. Son excursion prussienne aurait pu se dérouler en toute quiétude Après tout, ses démêlés avec Frédéric II remontaient à près de dix ans, mais Trenck ne put résister aux violents appels de son cœur. Plus fort que lui, plus fort que la meilleure logique des plus grands esprits cartésiens. Il DEVAIT revoir Anne Amélie.
Il alla donc rôder près du château royal de Sansouci. Aussitôt reconnu, il fut arrêté et expédié  illico dans la pire des prisons, la forteresse de Magdeburg, d’où une évasion était quasi impossible. De plus, connaissant la réputation de son nouveau locataire, le directeur de la forteresse exigea qu’il soit entravé au cou et aux pieds par des chaînes de plus de trente kilos.

Par habitude plus que par espoir réel d’évasion, le diable d’homme commença à creuser un tunnel en se servant de ses chaînes. Après neuf longues années à Magdeburg, un véritable miracle se produisit. Réconciliée avec Frédéric II, Marie-Thérèse d’Autriche obtint du roi prussien la libération de Trenck, à la condition bien sûr qu’il ne remette jamais les pieds sur le sol prussien.
Allait-il  enfin pouvoir enlacer tendrement sa belle Anne Amélie ? Non ! Cette fois, il avait enfin compris le très clair message de Frédéric II. En plus d’accomplir différentes missions souvent très dangereuses pour sa protectrice Marie-Thérèse, il devint négociant en vins, parcourant inlassablement l’Europe et la Russie pendant une vingtaine d’années. Il trouva quand même le temps de se marier avec une nommée Marie- Elizabeth et lui faire quatorze enfants.
Mais toutes ses péripéties professionnelles et familiales n’arrivèrent pas à lui faire oublier son grand amour. En 1786, devenu veuf, il apprit le décès de son ancien tortionnaire, Frédéric II. La flamme jamais éteinte redevint plus forte et plus brillante que jamais !
Bien qu’usé par l’âge et une vie on ne peu plus trépidante, Trenck se précipita vers la Prusse, vers cet amour que toutes les embûches au monde n’avaient fait qu’intensifier.
L’entrevue fut de plusieurs heures, et tout ce temps fut consacré aux larmes ! Un homme blanchi par l’âge, tout voûté par les soixante livres de fer dont il avait été chargé pendant dix années consécutives, défiguré en partie par le chagrin. Était-ce là l’homme superbe dont on avait toujours conservé une si fidèle image ? Mais d’un autre côté, dans cette dame également vieillie, et par les mêmes causes à peu près, sous cette tête chauve qui avait peine à se soutenir, sur ce visage défiguré et terreux, dans ces bras décharnés et sans ressorts, dans ces mains contrefaites, comment retrouver celle qu’on avait tant aimée ? »
Anne Amélie, déjà affaiblie par la maladie, ne se remit jamais de cette rencontre fort émotive. Elle mourut moins d’un mois plus tard. Quant à Trenck, toujours aussi passionné et fonceur, il remplaça une passion amoureuse par une passion politique. Emballé par les nouvelles valeurs sociales de la Révolution française, il alla vivre à Paris vers  1793 en pleine période de La Terreur.
Malgré son enthousiasme pour la Révolution, Trenck fut accusé d’espionnage et emprisonné à la prison de Saint-Lazare. Sans même avoir eu le temps de songer à s’évader, Il fut guillotiné la veille de la chute politique de Robespierre. La fatalité s’acharna sur le malheureux baron jusqu’à son dernier souffle.
Malgré sa triste fin, cette superbe histoire d’amour vivra éternellement comme un puissant symbole de passion amoureuse impossible. On peut imaginer que si Anne Amélie avait épousé le roi de Suède, elle aurait été tellement plus heureuse, on sait cependant qu’en réalité, Louise Ulrique paya chèrement sa traîtrise envers sa sœur.
Adolphe Frédéric de Suède s’avéra un roi sans pouvoirs réels et surtout sans envergure. Toute sa vie, il n’eut que deux passions : les boîtes à tabac et la nourriture. Il mourut d’indigestion après un repas officiel, où il s’était fait servir, entre autres, quatorze fois de semla, son dessert préféré. (Brioche fourrée de pâte d’amande et de crème)