samedi 16 juin 2018

Voyage immobile


Le grand livre est ouvert sur mes jambes allongées
Le dos contre le mur, la musique aux oreilles
Je feuillette tranquille les pages enluminées.
Par la fenêtre ouverte, un rayon de soleil
S’arrête sur les pages, caresse le gazon
Scintille sur la rosée, éclaire une jonquille
Vient glisser sur l’image où naissait l’oisillon
Qui de son petit bec fendille la coquille

Mon doigt distraitement sur le papier dessine
Et Venise apparaît dans sa lumière dorée
Apparaissent soudain les coupoles byzantines
Et retenti le bronze par les Maures frappé.
S’embrassent et se cajolent sous le ciel étoilé
Les amoureux blottis dans les gondoles noires
Bercés par le refrain lentement fredonné
Du gondolier blasé de ces tendres regards

Une page se tourne de mon grand livre ouvert.
J’allais partir en Inde, admirer ses couleurs
Me mêler à sa foule, me parer de ses fleurs
Goûter à ses épices et humer ses senteurs.
Égarée mais heureuse dans le dédale des rues
Je touchais mille soies, caressais un enfant
Évitais un pousse-pousse, me dirigeant à vue
Pour rejoindre la ville dans cet air étouffant

Quand un parfum connu chatouille mes narines
Ma mère m’appelait et la table était mise
L’ombre s’est avancée et la lune opaline
Éclaire mes aventures mais repousse Venise
La gondole s’enfuit et l’Inde disparaît
La fauvette protège l’oisillon du matin
La jonquille se ferme, la rosée reviendrait
Le livre se referme, il est temps d’avoir faim.

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