Le grand livre est ouvert sur mes jambes allongées
Le dos contre le mur, la musique aux
oreilles
Je feuillette tranquille les pages
enluminées.
Par la fenêtre ouverte, un rayon de soleil
S’arrête sur les pages, caresse le gazon
Scintille sur la rosée, éclaire une
jonquille
Vient glisser sur l’image où naissait
l’oisillon
Qui de son petit bec fendille la coquille
Mon doigt distraitement sur le papier
dessine
Et Venise apparaît dans sa lumière dorée
Apparaissent soudain les coupoles
byzantines
Et retenti le bronze par les Maures frappé.
S’embrassent et se cajolent sous le ciel
étoilé
Les amoureux blottis dans les gondoles
noires
Bercés par le refrain lentement fredonné
Du gondolier blasé de ces tendres regards
Une page se tourne de mon grand livre ouvert.
J’allais partir en Inde, admirer ses
couleurs
Me mêler à sa foule, me parer de ses fleurs
Goûter à ses épices et humer ses senteurs.
Égarée mais heureuse dans le dédale des
rues
Je touchais mille soies, caressais un
enfant
Évitais un pousse-pousse, me dirigeant à
vue
Pour rejoindre la ville dans cet air
étouffant
Quand un parfum connu chatouille mes
narines
Ma mère m’appelait et la table était mise
L’ombre s’est avancée et la lune opaline
Éclaire mes aventures mais repousse Venise
La gondole s’enfuit et l’Inde disparaît
La fauvette protège l’oisillon du matin
La jonquille se ferme, la rosée reviendrait
Le livre se referme, il est temps d’avoir
faim.

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