Amaury était l‘aîné d’une famille de petite noblesse ruinée
par les guerres incessantes. Son père était parti aux croisades et il restait
seul avec sa mère et ses deux jeunes sœurs.
Les terres avaient été ravagées par les chevaux des
cavaliers, les vignes arrachées et la famille était au bord de la ruine,
n’ayant plus les revenus lui permettant de subvenir aux besoins de leur rang.
Cependant le seigneur du comté continuait d’exiger les
revenus qui lui semblaient dus pour entretenir château et armée personnelle. Ni
le grain ni la vigne ne poussaient plus, les métayers avaient été enrôlés à la
guerre et les femmes et les enfants laissés dans leurs cabanes se mourraient
lentement de misère.
Quelques familles avaient réussi à sauver une chèvre, une vache
et subsistaient grâce au lait et quelques fromages mais la famine menaçait.
Quant à la châtelaine, elle avait dû se résoudre à vendre meubles et
tapisseries pour faire face à la dureté des temps.
Le souci majeur de la châtelaine n’était pas tant la disette,
les maigres repas que l’on continuait de servir sur la longue table de la salle
principale mais l’état de ses deux filles, déjà en âge d’être mariées. Sans
dot, aucun chevalier ne demanderait leur main et il faudrait se résoudre à les
voir vieillir sans époux ni descendance.
Son teint
clair, ses longues tresses blondes l’avaient ému et ce dimanche il revenait
dans ses terres, le cœur bondissant de colère. Il avait entendu dire que pour
faire face à ses dettes, la dame veuve aurait accepté de marier sa jeune fille
au collecteur des impôts, un homme vieillissant à la barbe et cheveux
grisonnants, qui acceptait d’épouser Aurore qui n’offrait en dot que sa
jeunesse et sa beauté. Cela ne se pouvait. Aussi prit-il soudain une décision
importante.
Il sella l’unique cheval de l’écurie et après l’avoir bien
lavé, brossé, étrillé, galopa jusqu’au château du seigneur du comté. Il venait
d’avoir 17 ans et il demanderait à être promu chevalier afin de pouvoir venir
en aide aux femmes sans secours, aux orphelins et aux jeunes filles que l’on
destinait à des vieillards.
Il franchit la cour du château au galop, jeta les rennes à
un palefrenier et couru s’agenouiller aux pieds du seigneur qui siégeait parmi
ses hommes d’armes. L’étonnement se lisait sur les traits fatigués du maître de
séant qui ne comprenait guère pourquoi ce jeune homme tentait de maintenir dans
la gêne cette famille alors qu’un homme riche et respectable se proposait si
généreusement d’aider par une simple union.
Seigneur dit-il, prenez-moi dans vos rangs. Je mets ma
jeunesse et ma fougue à vous servir, à combattre à vos côtés. Je suis bon
cavalier et sais manier l’épée. Mon père qui a combattu à vos côtés lors de la
dernière croisade fût mon maître d’armes et a insufflé en moi la rigueur et la
fierté de notre rang.
Laissez-moi m’illustrer à vos côtés et au retour épouser la
jeune fille que les malheurs et la pauvreté jettent, pour épargner sa famille, dans
les bras de votre collecteur d’impôts.
Le seigneur n’était pas mauvais homme et ému par le regard
suppliant de ce jeune nobliau qui ne pouvait accepter que sa bien-aimée
devienne l’épouse d’un roturier âgé et enrichi par certaines pratiques
douteuses qui ne lui avaient certes jamais échappées, accepta de le prendre à
ses côtés, en souvenir du père vaillant qui avait donné sa vie pour le sauver.
Et c’est ainsi que s’écoulèrent nombreuses semaines et mois
avant qu’Amaury ne puisse revenir dans ses terres, quelques écus d’or dans les
poches et auréolé du prestige des combats, demander et obtenir la main de sa bien-aimée.

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