L’aube
venait à peine de se lever quand le valet du maître pénétra dans la modeste
chaumière. L’enfant dormait enroulé dans
l’édredon de plume devant le foyer qui rougeoyait encore. La vieille femme qui
en prenait soin faisait en sorte de traire la bique avant son réveil de telle
sorte qu’il put avaler un bol de lait tiède dès son lever.
Il
faut qu’il se lève, le maître a besoin de lui dit l’homme sans trop élever la
voix. Mais l’enfant était déjà debout.
Que
lui veut-il donc en cette saison demanda la femme. Il fait froid et les travaux
des champs ne reprendront pas avant quelques semaines.
J’ignore
répondit le valet mais je dois l’emmener avec moi. Et comme il n’était pas
mauvais diable il ajouta : dépêches-toi d’avaler ton bol de lait.
L’enfant
s’accrocha à l’homme derrière le cheval qui partit au galop. La vieille femme
se signa en marmonnant quelques prières.
A 15
ans, il n’était encore qu’un frêle jeune homme élevé par sa marraine à la mort
de ses parents. Il l’avait toujours connue âgée, édentée, ses longues tresses
maigres et grises encadrant son visage sous le bonnet de toile. Elle bougonnait
souvent mais l’entourait de tendresse. Il la soupçonnait d’être un peu sorcière
surtout du jour où elle lui avait passé autour du cou une médaille accrochée à
un lien de cuir. Il ne savait trop ce que représentait au juste ces griffes, ces
écritures qu’il ne savait lire mais elle avait été retrouvée il y avait des
décennies par un vieux qui traînait près d’un bûcher alors que des sorcières
venaient d’y être brûlées. Elle disait que ce talisman la protégeait des
mauvais esprits et lorsque l’enfant lui avait été remis, elle avait
immédiatement pensé qu’il aurait dans sa vie besoin de protection et la lui
avait passée autour du cou.
En
ce matin brumeux et froid, il se présenta devant le maître.
J’ai
besoin de toi dit-il pour une mission particulière
A
votre service maître. Que dois-je faire ?
Prend
cette sacoche. Elle contient des documents très importants qui doivent être
demain matin sur la table du notaire du village de .X.
Mais
maître, dit le jeune homme, il me faudra traverser la forêt alors que votre
valet et son cheval y seraient en quelques heures.
Je
n’ai confiance qu’en toi, insista le maître. Ces documents doivent permettre à
ma fille d’hériter de mes biens en cas de malheur et tu es le seul à qui je
puisse confier le secret.
Le
jeune homme insista : mais maître, il y a plusieurs lieues, la forêt est
peuplée de brigands, probablement de loups...
Le
maître ne releva pas les craintes du jeune mais lui conseilla de passer par les
cuisines afin d’emporter des victuailles pour la route. La cuisinière, une
brave et grasse femme avait enroulé dans un torchon propre du pain, des cuisses
de poulet et quelques œufs fraîchement cuits. Tu trouveras bien quelques
sources auprès desquelles te désaltérer, dit-elle en lui caressant la joue.
Il
fallu bien partir. Le jour ne se levait pas encore. Le sol était dur et
craquant sous ses souliers. Les feuilles qui jonchaient le sol étaient
recouvertes de la fraîcheur de la nuit et des bandes de brouillard
s’accrochaient aux branches dénudées des arbres. Il frissonna mais entra dans
la forêt. La route serait longue. Il lui semblait entendre au loin le hurlement
des loups. La sacoche était lourde et il soupçonna son maître d’avoir caché quelques
pièces d’or entre les feuilles de papier. Les seuls documents ne pouvaient
peser aussi lourd mais l’idée de vérifier le contenu du sac ne lui serait même
pas venu à l’idée. Le maître lui faisait confiance et c’était réciproque.
Il
s’avançait prudemment en chantonnant pour se donner du courage quand il lui
sembla que des ombres se cachaient derrière les grands arbres. Ce doit être mon
imagination pensa t-il et il continua sa route. Mais soudain trois gaillards se
jetèrent sur lui, arrachèrent la sacoche et le jetèrent au sol. Avant de
prendre la fuite, l’un des brigands regarda le gamin, sa chemise déchirée par
ses efforts de protéger son bien et s’exclama : mais regarde un peu ce
trésor qu’il porte autour du cou et sans ménagement le lui arracha.
Ce n’est
que quelques instants plus tard, les membres douloureux qu’il se releva et
constata que son talisman n’était plus autour de son cou. Alors il eut vraiment
peur.
Les
heures passèrent et notre jeune homme arriva dans le village de .X. Les
victuailles n’ayant intéressé les voleurs, il avait pu se restaurer au cours de
la journée. En passant devant la taverne, il entendit de gros rires Il jeta un
œil par le carreau mal propre de l’auberge et reconnu ses agresseurs qui
festoyaient de volaille et de bières généreuses. Quelques pièces d’or luisaient
sur la table et il en conclu qu’il avait eu raison en imaginant quelques
valeurs cachées au fond du sac.
Mais
comment récupérer le bien de son maître, surtout les documents et son précieux
porte bonheur. Il pria le ciel et tenta de se persuader que le bien ne pouvait
venir de mauvaises actions.
La
nuit s’avançait quand il les vit sortir de l’auberge chantant et titubant, la
sacoche dans les mains de l’un d’eux et le talisman pendu à son cou.
Ils
s’approchèrent dangereusement des berges de la rivière où le courant était fort
car en aval l’eau tourbillonnait autour
de vieux troncs d’arbres et se jetait dans des chutes dangereuses.
Pris
de boissons, ils commencèrent à se disputer au sujet des pièces d’or qui
restaient dans la sacoche. Chacun d’eux voulait se les approprier et à force de
bourrades, de coups et de bousculades, ils se retrouvèrent dans l’eau.
Mais
qui entendraient les hurlements et les appels au secours de trois ivrognes au
milieu de la nuit alors que le vent souffle et que chacun se terre dans sa
maison pour échapper au froid de l’hiver ? Et ce qui devait arriver
arriva les trois voleurs tombèrent à
l’eau et se trouvèrent pris dans les tourbillons des chutes et ne pouvant ni ne
sachant nager, trouvèrent le chemin de l’enfer qu’ils méritaient.
Au
petit matin, alors que les éléments s’étaient calmés, le jeune homme descendit
le long des berges jusqu’aux troncs d’arbres immergés au milieu des chutes et
quelle ne fut pas sa surprise d’y voir accrochés et la sacoche et son fil de
cuir auquel pendait la médaille. Il lança une corde dans l’eau de telle sorte
qu’elle pu s’accrocher aux branches sortant de l’eau et avec toutes précautions
s’aventura dans l’eau glacée afin de recouvrer ses biens.
Il
put ainsi honorer la confiance de son maître, déposer chez le notaire les
documents, malheureusement sans l’or et remettre à son cou le précieux talisman
qui l’avait sauvé de cette dangereuse aventure.



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