samedi 16 juin 2018

Journée lumineuse


Lointaine décennie 1950-1960 de mes amours de jeunesse ! 20 ans, le soleil, la liberté, l’aventure. En ces années là, aux sorties de la guerre, le monde était à nous avec nos rêves et illusions.

Brun, élancé, l’œil noir et vif, les cheveux courts en boucles souples, il portait ses vingt ans avec toute l’arrogance de la noblesse sicilienne.

Je ne sais si je suis beau disait-il mais je plais. Elevé dans une famille de diplomate, il avait séjourné dans de multiples pays et en parlait les langues, avantage qu’il exploitait en accompagnant les groupes de touristes.

Féru de connaissances artistiques, il commentait avec élégance les trésors des musées du pays et particulièrement de Florence, ville où il séjournait désormais.

Nous avions le même âge mais je ne possédais ni sa culture artistique ni sa connaissance de multiples langues étrangères. J’avais été engagée par cette compagnie de transport touristique grâce à l’intermédiaire d’un ami et commentais les étapes qui reliaient Rome à Florence.

Nous nous étions rencontrés à Assise, nos groupes se restaurant au même point ombragé qui permettait d’échapper au soleil brûlant de l’été toscan. Il était fréquent que les guides entre eux échangent quelques mots et attiré l’un par l’autre, nous nous étions rapprochés.

Il m’avait proposé de me faire découvrir la citadelle que la courte halte ne permettait pas de faire visiter aux groupes qui devaient se contenter de la visite des abbayes superposées et des explications du guide attitré. Je l’avais plusieurs fois visitée, émerveillée par les peintures de Giotto et Cimabue. Sa crypte fraîche était souvent un réconfort aux chaleurs extérieures.

Il m’avait prise par la main pour escalader les petits chemins herbeux qui conduisaient au château médiéval où peu de touristes se promenaient. Nous nous étions assis face à la vallée où je voyais ondoyer les blés en douces vagues blondes. Il soufflait une légère brise et la tête posée sur mes genoux, je caressais ses cheveux bouclés, alors qu’il me racontait l’histoire de Saint François et des peintres qui avaient décoré l’abbaye.

Mais l’heure tournait, il fallait retourner à nos voyageurs et les accompagner vers la Porziuncola, petite chapelle conservée à l’intérieur de l’église de Santa Maria degli Angeli, lieu que Saint François avait choisi au tout début du XIIè siècle pour fonder son ordre.

La vie reprend ses droits, chacun retourne à son chemin tracé mais il me reste de cette journée un souvenir lumineux et un livre qu’il avait écrit en allemand pour décrire les trésors des musées florentins.

J’apprendrais bien des années plus tard qu’une crise cardiaque l’avait terrassé dans la gare de Florence, alors qu’il  n’avait que 60 ans.

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