Lointaine décennie 1950-1960 de mes amours de
jeunesse ! 20 ans, le soleil, la liberté, l’aventure. En ces années là, aux
sorties de la guerre, le monde était à nous avec nos rêves et illusions.
Brun, élancé, l’œil noir et vif, les cheveux courts en boucles
souples, il portait ses vingt ans avec toute l’arrogance de la noblesse
sicilienne.
Je ne sais si je suis beau disait-il mais je plais. Elevé
dans une famille de diplomate, il avait séjourné dans de multiples pays et en
parlait les langues, avantage qu’il exploitait en accompagnant les groupes de
touristes.
Féru de connaissances artistiques, il commentait avec
élégance les trésors des musées du pays et particulièrement de Florence, ville
où il séjournait désormais.
Nous avions le même âge mais je ne possédais ni sa culture
artistique ni sa connaissance de multiples langues étrangères. J’avais été
engagée par cette compagnie de transport touristique grâce à l’intermédiaire
d’un ami et commentais les étapes qui reliaient Rome à Florence.
Nous nous étions rencontrés à Assise, nos groupes se
restaurant au même point ombragé qui permettait d’échapper au soleil brûlant de
l’été toscan. Il était fréquent que les guides entre eux échangent quelques
mots et attiré l’un par l’autre, nous nous étions rapprochés.
Il m’avait proposé de me faire découvrir la citadelle que la
courte halte ne permettait pas de faire visiter aux groupes qui devaient se
contenter de la visite des abbayes superposées et des explications du guide
attitré. Je l’avais plusieurs fois visitée, émerveillée par les peintures de
Giotto et Cimabue. Sa crypte fraîche était souvent un réconfort aux chaleurs
extérieures.
Il m’avait prise par la main pour escalader les petits
chemins herbeux qui conduisaient au château médiéval où peu de touristes se promenaient.
Nous nous étions assis face à la vallée où je voyais ondoyer les blés en douces
vagues blondes. Il soufflait une légère brise et la tête posée sur mes genoux,
je caressais ses cheveux bouclés, alors qu’il me racontait l’histoire de Saint
François et des peintres qui avaient décoré l’abbaye.
Mais l’heure tournait, il fallait retourner à nos voyageurs
et les accompagner vers la Porziuncola, petite chapelle conservée à l’intérieur
de l’église de Santa Maria degli Angeli, lieu que Saint François avait choisi
au tout début du XIIè siècle pour fonder son ordre.
La vie reprend ses droits, chacun retourne à son chemin
tracé mais il me reste de cette journée un souvenir lumineux et un livre qu’il
avait écrit en allemand pour décrire les trésors des musées florentins.
J’apprendrais bien des années plus tard qu’une crise
cardiaque l’avait terrassé dans la gare de Florence, alors qu’il n’avait que 60 ans.


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